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Serge Trifkovic a obtenu son Doctorat de Philosophie à l'Université de Southampton en Angleterre, et a poursuivi ses recherches à l'Institut Hoover de Stanford. Ses antécédents journalistiques comprennent BBC World Service, Voice of America, CNN International, MSNBC, U.S. News and World Report, The Washington Times, The Philadelphia Inquirer, The Times of London, etc. Il a été rédacteur du service étranger à Chronicles: A Magazine of American Culture de 1999 à 2009.

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  • Futilité du “dialogue avec l'Islam”

  • De 1204 à 2004: comment l'Occident transforme ses alliés en ennemis

  • La guerre menée par l'OTAN contre la Serbie -- Témoignage oral, Parlement du Canada

  • L'Inde, une autre victime de l'Islam

  • La Haye: La justice des vainqueurs

  • COMMENT VAINCRE LE JIHAD?

    Pour vaincre le Jihad, il faut commencer par comprendre l'idéologie de l'adversaire, non pour lui trouver des excuses, mais pour la combattre. Il faut connaître les "ressorts" qui font agir les terroristes; or ces ressorts sont ancrés dans le dogme de l'Islam et dans son histoire, notamment dans la personnalité de son fondateur, Mohamed (voir ci-dessous). Le terrorisme n'est pas une aberration de l'Islam, mais la conséquence directe et prévisible de l'application dogmatique de cette "vision du monde" politique et religieuse. Ainsi il faut s'informer objectivement sur le contenu du Coran, du Hadith et bien s'imprégner de l'histoire de l'Islam depuis sa naissance avec Mohamed jusqu'à nos jours.

    Secundo, il faut consolider nos défenses contre l'envahissement progressif d'une culture offensive et menaçante en luttant contre l'immigration non désirée et contre la constitution de communautés hostiles à notre mode de vie et à notre vision du monde. Mais des 2 côtés de l'Atlantique, nos élites sont "islamiquement correctes" et ne veulent pas prendre conscience de la menace démographique et culturelle qui s'insinue progressivement.

    Tertio, nous devons repenser notre politique étrangère et notre stratégie militaire en fonction de nos intérêts nationaux à long terme, afin qu'elles soient cohérentes et qu'elles envoient les mêmes signaux à l'adversaire. Il faut pouvoir répondre à ce type de question: la sécurité nationale est-elle renforcée par un mur contre l'immigration mexicaine ou par le maintien de nos troupes en Irak?

    Quarto, le terrorisme a besoin d'un territoire à partir duquel il puisse agir et il faut l'en empêcher, en répertoriant les pays ou zones refuges et en les en dissuadant.

    Et enfin l'essentiel, c'est que la victoire dans cette guerre sera obtenue dans le domaine de la morale et de la spiritualité. Nous défendrons d'autant mieux notre territoire contre l'invasion "barbare" que nos valeurs seront mieux ancrées en nous. En aucune façon, nous ne devons offrir ce qu'on appelle "un ventre mou", car c'est l'invasion assurée. Et chacun de nous doit s'impliquer, chacun selon sa sensibilité.

    Mohamed -- Lors de la récente polémique sur les caricatures danoises, il est apparu que le prophète Mohamed était considéré en Islam à l'égal d'un Dieu, inviolable, sacré. Or quand on analyse la personnalité de cet homme, on est sidéré de constater que 1,3 milliard d'êtres humains puissent vénérer un tel fondateur de l'Islam. L'exposé qui suit s'appuie uniquement sur les sources orthodoxes de l'Islam, le Coran et le H'adith. Mohamed a commencé sa carrière en pillant les caravanes de la Mecque, violant ainsi un mois sacré où personne n'était sensé porter des armes. En 624 à Badr, il tua 40 Mecquois dans une bataille et exécuta tous les prisonniers, avec l'approbation d'Allah "instille la terreur dans le cœur des non croyants, frappe leur nuque et le bout de leurs doigts" (8/12). L'ayatollah Khomeini commente ainsi la suite de cette bataille: "après la bataille de Badr, l'Islam a vaincu par le sang".

    En effet, pour avoir des adeptes, la méthode employée par Mohamed était simple: après les avoir dépouillés et après avoir tué femmes et enfants, il leur promettait le prochain butin et les prochains esclaves. Mais Mohamed gardait 20% de tout ce qui avait été razzié. Et cette façon de faire occupe tout un chapitre dans le Coran. Après la razzia et le partage, il était alors temps de se relaxer Maintenant tu peux jouir de tout ce que tu as gagné, car c'est devenu légal et bon. Ceux qui sont morts lors du raid jouissent, eux, d'un paradis éternel, rempli de vierges qu'aucun homme n'a touché et de jeunes et frais éphèbes. Le prêcheur de cette époque jubilait devant le spectacle des têtes tranchées de l'ennemi qui est plus réjouissant que celui du plus beau chameau d'Arabie. Tuer les prisonniers est toléré par Allah (8/68). Les non croyants sont les pires animaux (8/55) et les créatures les plus viles (98/6), ne méritant aucune miséricorde. On doit leur trancher la tête (47/4). L'assassinat, le vol et l'esclavage sont autorisés par Allah.

    Après Badr, Mohamed arrive triomphant à Médine où il tue Abou Afaq, un Juif qui a osé critiquer ses méthodes, et Asma bent Marwan, une poétesse qui s'est moqué de lui dans un vers, de même que Kab Ashraf, un autre poète. Ils étaient coupables d'insultes verbales, donnant le ton de la liberté d'expression en Islam, valable jusqu'à ce jour.

    Puis Mohamed a demandé à ses adeptes de "tuer tout Juif qu'ils avaient sous la main". Quand 6 de ses sbires ont assassiné dans son sommeil un vieillard juif du nom de Abou Rafi, ils se sont querellés pour savoir qui avait eu l'honneur de mettre fin aux jours du malheureux. Le prophète trancha en faveur de celui qui avait l'épée souillée par de la nourriture, car Abou Rafi venait de dîner avant de dormir. Puis vint l'attaque de la tribu juive de Banoul Moustaliq qui a vu 500 de ses femmes enlevées et violées dans une orgie collective. Les pogroms ont culminé lors de l'attaque de la dernière tribu juive de Médine Banou Qourayshah dont 900 hommes ont été décapités et jetés dans un fossé, en face des leurs femmes et leurs enfants. Allah a loué Mohamed "pour avoir jeté la terreur dans leur cœur"(33/25). Les femmes ont été systématiquement violées et Mohamed a choisi comme concubine Rayhana bent Amr, dont le père et le mari avaient été massacrés devant ses yeux quelques heures plus tôt.

    Les messages d'Allah sont devenus plus cruels à l'égard des "infidèles": "prend-le, attache-le et expose le au feu de l'enfer "(69/30-37). "Ils seront tués ou crucifiés et auront pieds et mains coupées"(5/33-34). "Pour l'infidèle nous avons préparé des chaînes, des entraves et un feu flamboyant" (76/4). Et les choses empirent dans 22/19-22: "des vêtements de feu seront coupés pour eux, des liquides bouillants seront déversés sur leur tête, et tout ce que renferme leur ventre et leur peau seront fondus et, pour eux, on préparera des crochets en fer…"

    Mohamed évolue, de l'illuminé marginal il devient le maître de la vie et de la mort, et sa personnalité s'est totalement transformée, notamment lors de la décennie précédant sa mort en 633. Allah est invoqué comme l'autorité présidant à toutes les facéties du prophète, notamment dans une sensualité démesurée. Il a produit un verset coranique "approuvant ses orgies nocturnes avec une esclave égyptienne et admonestant ses femmes jalouses pour leurs objections" (66/1-3). De même Allah l'aurait autorisé à prendre pour femme sa bru Zainab qu'il convoitait (36/37). Quant à Aisha, il l'épousa quand elle jouait encore à la poupée, elle avait 7 ans, et il la déflora quand elle avait 9 ans!

    On doit donc poser des questions précises aux Musulmans sur ces massacres, viols, esclavages, nettoyages ethniques, génocides au nom d'Allah et de l'Islam. Ainsi de nombreux commandements de l'Islam et les comportements de Mohamed sont criminels et condamnables, même selon les règles et les normes du 7ème siècle. Ils étaient déjà considérés comme répugnants par les contemporains de Mohamed. Les "visions et les révélations" reçues ne peuvent justifier de tels actes, en contradiction avec le code moral en vigueur à cette époque.

    Rien ne justifie d'attaquer des caravanes pendant un mois sacré (où les gens sont sans défense), de prendre les armes contre ses propres frères, de massacrer les prisonniers, de garder la part du lion dans les butins, de tuer les gens sans provocation, de violer les traités conclus, de s'adonner à une sexualité perverse et de narguer la morale en vigueur. Ce comportement reste unique dans l'histoire des religions et surtout l'ordre d'Allah "de tuer les non croyants là où on les trouve", injonction puissante et non ambiguë. "Quand tu dois détruire une population, alors détruis-la complètement" (17/16-17) et "ceux qui nous désobéissent, nous les détruirons totalement" (21/11) sont des appels directs et clairs au génocide totalitaire.

    La fin du jihad n'est possible que "lorsque prévaudra la justice et la foi en Allah" (2/193). Ainsi tout univers est illégitime en dehors de l'Islam. La revendication de cette religion que les mots et les actes du prophète Mohamed sont les seules normes de moralité valables, pour tous les hommes et en tout temps, est la source de la majorité des conflits que nous vivons actuellement dans le monde

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    Note de la traduction : (1) Nous avons assisté à des conférences sur de nombreux sujets liés à la défense contre l'obscurantisme apporté par le dit "islamisme" en Occident. Nous avons constaté un énorme fossé entre ce "jihad" en cours et la "culpabilité" occidentale à l'égard de l'Islam qui semble paralyser toute action et déformer toute pensée. L'"islamiquement correct" est un courant de pensée actuellement répandu notamment parmi les élites qui justifie la passivité et la neutralité vis à vis d'une offensive insidieuse, rampante et conquérante de l'Islam en Europe. Aucune proposition concrète n'est ressortie de ces réunions feutrées où pourtant tout le monde appréhende l'avenir.

     

     

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    FUTILITÉ DU “DIALOGUE AVEC L'ISLAM”

     

    D

    e toutes les religions majeures, l'islam est la moins favorable au dialogue. Ils recherchent parmi les non-musulans des sujets à convertir, mais pas des partenaires pour dialoguer. Néamoins en Occident, parmi certains égarés socio-conservateurs, il existe à-priori un désir de forger une alliance de penseurs opposés à la décadence morale et spirituelle d'un monde pêcheur "un djihad oecuménique", une guerre de toutes les religions contre l'immoral: "Si nous travaillons ensemble à combattre pour l'amour, en coopération entre les protestants, catholiques, les orthodoxes, les juifs et les musulmans, nous finiront par découvrir des choses qu'on ne comprenait pas auparavant... Si nous n'hésitons pas à prendre les alliés de Staline comme nos alliés contre Hitler, nous ne devons pas hésiter à prendre les alliés de Mohammed comme nos alliés contre Staline." (Peter Kreeft)

     

    Cette analogie historique fait penser à une chose: l'anti-nazisme de Staline ne l'a pas fait changer pour devenir meilleur que Hitler. Un marriage de complaisance pour vaincre le marxisme durant la guerre froide c'est une chose, mais rechercher un terrain d'entente avec les musulmans dans le but d'un djihad oecuménique est une des idées les plus insensées de la décénie. Les mêmes fantaisies dirigent le conseiller en islam du président Bush, professeur à la faculté de droit de Cleveland, David Forte. Il ne parle par l'arabe et admet ouvertement qu'il patauge dans la jurisprudence islamique. Néamoins sa conviction que les terroristes islamistes et autres musulmans agressifs ne sont pas des "vrais" musulmans a été intégrée par le président Georges W. Bush, dont les paroles paraissent être directement tirées des écrits de David Forte.

      

    Le professeur Forte soutiens la théorie du "djihad oecuménique", dont les intentions sont évidemment très différentes de l'islamophilie libérale, mais les conséquences peut-être encore plus pernicieuses:  "Forte ne veut pas seulement racheter l'islam des critiques. Mais tout comme un catholique conservateur soutient le Vatican concernant le renforcement de la famille, il veut racheter l'orthodoxie religieuse elle-même - ou du moins la nettoyer des traces de l'extrémisme. "Quelque chose de si diabolique ne peut pas être religieux dis-il ouvertement. C'est un produit en parfaite adéquation avec le penchant nullement intimidé de Bush pour les bigoteries de toute espèce." En d'autres termes, nous avons aujourd'hui une alliance douteuse entre les multiculturalises relativistes d'un coté, pour qui rien de non-occidental peut être diabolique, et la bigoterie bruyante mais douce de l'autre, pour qui rien de religieux ne peut être diabolique.

     

    Forte a écris en 1999, dans son livre sur les lois islamiques que "quoique les radicaux créent une éffigie de l'occident en tant que 'Diable', leur rééle motivations sont contre l'islam traditionnel" les extrémistes contemporains, dit-il, sont une lignée théologique marginale "que l'Islam très tôt a rejeté, parce que opposé au message universel du Prophète". Dans une remarquable déformation de la réalité, Forte accuse la tradition médiatique de stéréotypes négatifs envers l'Islam parce que c'est une religion: "Quand ils parlent de l'Islam, ils parlent de djihad. Ils partent du principe que la violence est une part essentielle de l'Islam."

     

    Ce point de vue, évidemment erroné, part de la conviction de les croyants, quelle que soit leur origine, sont meilleurs que les non-croyants, et qu'un retour à la religion - quelle que soit la religion - est préférable à la tradition nihiliste et déserte de la culture moderne. Franchement il y a quelque grossière logique à cela, qui veut juste démontrer combien est dangereuse cette tradition parce qu'elle fait voir toute alternative comme meilleure que ce qu'elle est.

     

    Mais de telles affirmations ne peuvent pas changer la réalité. Il y a un problème. l'islam n'est pas seulement une doctrine religieuse, il est aussi porteur d'une vision du monde, et d'un style de vie que recherchent tout ceux qui se proclament "musulmans". Il y a la "chrétienté", et il y a eu la communauté chrétienne, mais en islam la distinction est impossible. Quelle que soit l'entité politique d'un musulman - du monde arabe, d'Afrique du Nord, du Moyen-Orient, de l'Iran, d'Asie Centrale jusqu'aux entités hybrides du Pakistan et d'Indonésie, des protectorats de Bosnie et du Kosovo aux démocraties modernes de l'Occident - il est avant-tout citoyen musulman, et suit moralement, spirituellement et intellectuellement les principes du monde des croyances duquel Mohammed est le Prophète, et La Mecque est la capitale. Ce n'est pas évidemment le cas de tout les musulmans, mais de tout les vrais musulmans: c'est la demande centrale des musulmans.

     

    Quelques ex-chrétiens, promoteurs du "djihad oecuménique" ont sacrifié la doctrine de la grâce, de l'incarnation et de la trinité, sur l'autel d'un dialogue interreligieux ouvert qui devrait finalement aboutir à une unité de "véritable pluralisme religieux", dans lequel "l'islam est reconnu comme une différente, mais autant valide révélation  de Dieu, créée à un moment différent de l'histoire, appellé la révélation de Mohammed dans le Coran". Mais passé outre une prétendue conviction doctrinale et l'enracinement des présumées traditions, ce peuple ne représente plus rien du tout. En continuant à prétendre être chrétiens, ils encouragent leurs interlocuteurs musulmans à continuer à croire qu'il n'y a pas de dialogue nécessaire - un odieux point de vue théologique islamique - vu que l'évident manque de foi et de conviction du coté des "chrétiens" les encourage à une imminente et rapide soumission à Allah et son prophète comme étant la seule suite logique. Quel que soit le "dialogue", du coté des musulmans il part avec l'affirmation qu'un clair et net remise à jour des dogmes islamiques aménerais les autres à apercevoir la lumière.

     

    Un exemple d'attitude des musulmans lors de dialogues interreligieux a été en 1980, lors de la conférence des sociétés, pour la faculté de théologie de Oxford.Les délégués ont dit qu'un certain Abdus-Samad Sharfuddin, de l'université royale de Jeddah, incapable de se rendre sur place, a demandé aux organisateurs de distribuer des tracts intitulés "Au sujet du mythe du Dieu incarné - un point de vue impartial à son sujet. L'auteur explique que son travail a été d'une importance monumentale, qu'"elle brise l'obscurité comme une lumière dans le ciel; comme un éclair divin qui frappe l'horizon de Londres pour faire exploser une bévue séculaire de la pensée chrétienne" (La notion que l'Islam a une simplicité extraordinaire, comparée à la complexité encombrée du christanisme n'est pas nouvelle.

     

    Ca a été confirmé il y a des décénies par C.S Lewis: "Si le christianisme était quelque chose que nous avions inventé, nous l'aurions biensur fait plus simple. Mais ca n'est pas le cas, et nous ne pouvons pas faire la course avec des peuples qui inventent leur religion. Comment pourrions-nous ? On doit faire avec les faits. naturellement n'importe qui peut faire simple s'il ne doit pas jouer avec les faits.") Sharafuddin commence son étude en disant que l'adoration de Jésus comme fils de Dieu par les Chrétiens est du domaine de l'idolatrie: considérer que le Christ est l'incarnation de Dieu est un rejet de l'adoration de Dieu. Il conclut en explicant que la vraie signification de Jésus est donnée dans le verset du Coran "Le Messie, fils de Marie, n'est rien d'autre qu'un messager. D'autres messagers sont arrivés avant lui". Le concept de la trinité a été refuté par un autre verset du Coran.

     

    Les partisants du "djihad oecuménique" du président Georges W. Bush, du professeur Forte partagent deux erreurs avec les conservateurs chrétiens comme Peter Kreeft. Leur vision faussée de la théologie islamique les amène à imaginer que "Allah" est plus ou moins interchangeable avec "Dieu" de d'autres monothéismes. (Voir mon article Musulmans, Chrétiens et Juifs, croient-ils au même Dieu? à ce sujet) Leur compréhension incomplète du phénomène de globalisation séculaire les amène à rechercher un contrepoids tout autant monolithique dans la foi. En réalité, la seule résistance possible n'est pas de brasser les identités et les frontières, mais de réaffirmer ces identités. L'Islam est un allié naturel de la globalisation, vu qu'il désire gouverner le monde, et se réjouit de la liquidation des traditions nationales d'Occident. Il peut seulement encourager le spectacle d'une puissance culturelle post-humaine qui dévore les restes de la communauté chrétienne et pave la route d'une foi non relativisée, intouchée par le doute, immunisée contre les critiques pondérant ses affirmations.

     

     

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    DE 1204 À 2004:

    COMMENT L'OCCIDENT TRANSFORME SES ALLIÉS EN ENNEMIS

     

    Par l'exemple de l'ingérence occidentale en Ukraine, Trifkovic pointe du doigt la carapace d'arrogance, d'incompréhension et de mépris qui marque, depuis mille ans, l'attitude du monde chrétien occidental à l'égard de son alter ego, byzantin et slave. Gauche et droite, atlantistes et européistes, humanitaires et anti-islamistes: lorsqu'il est question de Russie, cet orchestre discordant se retrouve à l'unisson. Pourquoi?

     

    Au fur et à mesure que la menace djihadiste se précise, l'«Occident» s'emploie de plus en plus opiniâtrement à détruire l'unique puissance traditionnellement chrétienne-orientale qui ait quelque poids, la seule qui pourrait et qui devrait être son partenaire dans une lutte conjointe contre le terrorisme islamique. Bien que souvent brouillés entre eux, les divers protagonistes occidentaux s'acoquinent avec une délectation malveillante sitôt qu'il s'agit d'exploiter la faiblesse de ladite puissance. Invoquant des idéaux élevés, mais en réalité aiguillonnés par la lésine, aveuglés par l'idéologie et mûs par des préjugés culturels, ils sont en train de se mettre eux-mêmes en péril en poussant un allié potentiel crucial dans une impuissance gorgée de ressentiment.


    Du sac de Constantinople à l'OPA sur Kiev...


    On pourrait parler, en l'occurrence, aussi bien de la Russie en 2004 que de Byzance en 1204. La tragédie d'il y a huit siècles est en effet en train de se répéter, non pas en farce, mais en tragédie encore plus grande. A l'époque, l'entreprise était menée sous le couvert de la IVe Croisade. Au nom de la Chrétienté, et sous prétexte de libérer la Terre Sainte du joug musulman, les Frankoi s'embarquèrent dans une expédition qui n'eut pour résultat que la conquête et la mise à sac de la chrétienne Constantinople. Aujourd'hui, l'hypocrisie n'est pas moins effrontée:

    ·         Premièrement, au nom de la «démocratie», nous assistons à une campagne massive de désinformation et de manipulation électorale ayant pour but de transformer l'Ukraine entière en une copie conforme de son tiers le plus occidental, en une entité antirusse cogérée par les hégémonistes planétaires de Washington et les christophobes post-nationaux de l'Union Européenne.

    ·         Deuxièmement, au nom des «droits de l'homme», l'Occident soutient les terroristes djihadistes en Tchétchénie, dénigrant la Russie lorsqu'elle affirme se battre contre le même ennemi qui a causé le désastre du 11 septembre, et réclamant le «dialogue» avec les séparatistes, c’est-à-dire la capitulation.

    ·         Troisièmement, au nom d'une commune «lutte contre le terrorisme», au lendemain du 11 septembre, les Etats-Unis ont persuadé la Russie de ratifier la présence militaire américaine en Asie centrale et dans le Caucase, une présence qui tend à devenir permanente, et qui est devenue l'outil d'une politique visant à contrer les intérêts régionaux légitimes de la Russie.

     

    Les médias: menteurs chez soi, vertueux à l'étranger?


    Dans ces trois domaines, on observe une étonnante identité de sous-entendus culturels et de préférences idéologiques au sein de l'appareil politique et de la classe médiatique en Europe et aux Etats-Unis. D'un bout à l'autre du spectre politique, et ce des deux côtés de l'Atlantique, le ton et la substance des mensonges et des subterfuges utilisés sont les mêmes. Mais comment tout ceci peut-il se produire sans que personne, dans l'Amérique républicaine, chrétienne et conservatrice (ni dans les milieux correspondants en Europe), ne semble le remarquer? Comme le faisait remarquer récemment un connaisseur de la mentalité de Washington:


    «Tout le monde ici fait corps avec les «U.S.» sitôt qu'on sort des frontières, et personne ne remarque que «les U.S.», cela signifie les employés de Clinton au Département d’Etat, des employés que Bush a non seulement laissés en place, mais encore distingués (par exemple, Dan Fried, que Condoleeza Rice a promu du poste de commissaire balkanique à celui de commissaire pour toute l’Europe de l’Est). Et puis, pour une raison que Dieu seul connaît, tout le monde croit tout ce que nos médias déblatèrent sur le monde au-delà de nos frontières, tout en considérant que ces mêmes médias mentent comme des arracheurs de dents lorsqu’ils parlent des événements nationaux.»


    Si un journaliste américain ordinaire tient les conservateurs sociaux pour bêtes et méchants en Amérique, pourquoi aurait-il une autre opinion des mêmes en Europe de l’Est? Et enfin, faut-il vraiment nous précipiter dans une nouvelle guerre froide à cause de la question de savoir qui gouverne à Kiev? N’avons-nous pas suffisamment de soucis comme ça? Le député Ron Paul a été l’une des rares personnalités publiques à tenter de fournir une réponse. Il salue le président Bush lorsqu’il exige que les élections ukrainiennes soient «affranchies de toute influence étrangère», mais relève que des millions de dollars des contribuables américains sont dépensés dans le but d’en infléchir l’issue. Nous avons été indignés d’apprendre, à l’époque, que le gouvernement chinois tentait de subventionner en douce une campagne présidentielle américaine, et c’est à juste titre que le financement des élections américaines de l’étranger est illégal — et pourtant, c’est exactement ce que nous sommes en train de faire à l’étranger! (…)

     

    Le «choc des civilisations» comme modèle unique


    Ne pouvons-nous pas tolérer des sphères d’influence autonomes, où les gens vivraient autrement que nous? L’«occidentalisation» projetée de l’Ukraine nous fournit la réponse. Sous Youchtchenko et ses bailleurs de fonds, ce pays «serait moins un poignard planté au cœur de la Russie qu’un marteau-piqueur forant sans répit». Sauf que l’arme, en l’occurrence, est drapée dans un velours chatoyant. «Faire la révolution aura rarement été aussi amusant», écrivait de Kiev un journal qui fut jadis sérieux, «Des jeunes gens enveloppés dans des capes, des chapeaux et des sautoirs oranges chantent tour à tour des slogans de liberté, dansent le boogie et le rock, mangent des oranges, se réchauffent, flirtent au McDo puis disparaissent dans leur ‘cité de tentes’ du centre-ville pour faire l'amour plutôt que la guerre.»

     

    Au cours de ces trois dernières semaines, cette image idélisée de la «démocratie», vue comme une rave-party infinie faite de rock, de Big Macs et de fornication au petit bonheur, a été relayée par la moindre rédaction de nos médias-non-contrôlés-par-l'Etat. C'est condescendant et insultant à l'égard de tout Ukrainien qui se respecte, mais c'est sans doute une description fidèle de l'état de développement intellectuel, moral et gastronomique de ces campeurs urbains. C'est dans leurs rangs que la post-modernité ira cherché les janissaires requis pour la création d'une Ukraine nouvelle et améliorée.

     

    Un soutien suicidaire à l'expansion islamiste


    Si l'Ukraine «orange» est destinée à être le marteau, le Califat islamique de Tchétchénie fournira, lui, le poignard. Certains des amis les plus bruyants des «combattants de la liberté» et assassins d'enfants tchétchèns se retrouvent au sein du Comité américain pour la Paix en Tchétchénie (ACPC, http://www.peaceinchechnya.org/).

     

    La liste des «Américains éminents représentant les deux grands partis politiques» constituant ce Comité ressemble à un «Who's who» du mouvement néoconservateur, avec des noms comme Richard Perle, Elliott Abrams, Kenneth Adelman, Midge Decter, Frank Gaffney, Richard Pipes, Michael Ledeen, Norman Podhoretz, Joshua Muravchik, Morton Abramowitz, Robert Kagan et William Kristol. Ces derniers soutiennent tous la théorie selon laquelle la guerre tchétchène

     

    • est un mouvement de libération nationale méritant d'être soutenu;
    • n'est pas terroriste dans sa nature, bien que certains «extrémistes» recourent au terrorisme;
    • n'est pas islamiste de par son caractère et n'entretient pas de liens avec des groupes djihadistes étrangers;
    • ne perdure qu'à cause de l'intransigeance russe;
    • et démontre la nature antidémocratique du régime de Poutine.

    Au travers d'une palette de «ONG», dont certaines sont en ce moment particulièrement actives en Ukraine, l'ACPC et ses membres prodiguent leur soutien à ceux qui, en Russie, critiquent l'approche poutinienne de la crise tchétchène. Comme John Laughland le relevait récemment dans The Guardian, on trouve parmi leurs protégés russes les politiciens Boris Nemtsov et Vladimir Rijkov, liés aux réformes ultra-néo-libérales qui ont dévasté l'économie russe sous Boris Eltsine, ainsi qu'au Centre moscovite de la Fondation Carnegie. La clientèle russe de ce Centre s'est montrée très empressée à critiquer Poutine pour la tragédie de Beslan et à contester les affirmations russes concernant les liens entre les Tchétchènes et Al-Qaida.

     

    Le djinn est sorti de la bouteille: qui l'y fera rentrer? -- L'ACPC est présidé par le Conseiller pour la sécurité nationale de Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski, dont les vues concernant le conflit tchétchène montrent qu'au fil des ans il n'a rien appris, mais rien oublié non plus. En 1999, ce dernier écrivait que «les Etats-Unis ne devraient pas gober le slogan russe «tous alliés contre Oussama Ben Laden»... le terrorisme n'est ni le défi géopolitique ni le défi moral [en Tchétchénie].» Une année auparavant, dans une interview demeurée fameuse au Nouvel Observateur, le Dr Brzezinski décrivait comment l'Administration Carter avait créé la résistance islamique au gouvernement prosoviétique de l'Afghanistan et ainsi poussé Moscou à l'intervention militaire. Comme on lui demandait s'il éprouvait des regrets au vu des conséquences de cette opération, Brzezinski s'emportait:

     

          «B: Regretter quoi? Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d'attirer les

           Russes dans le piège afghan, et vous voudriez que je la regrette?

    Q: Et vous ne regrettez pas non plus d'avoir soutenu le fondamentalisme islamique, en procurant armes et conseils aux futurs terroristes?

    B: Qu'est-ce qui compte le plus dans l'histoire du monde: les Taliban ou l'effondrement de l'Empire soviétique? Quelques agités musulmans ou la libération de l'Europe centrale et la fin de la Guerre froide?

    Q: Quelques agités musulmans? Mais le fondamentalisme islamique n'est-il pas devenu une menace planétaire?

    B: N'importe quoi! Il n'y a pas d'islam planétaire.»

     

    Le reste est histoire. Grâce aux succès obtenus en Afghanistan, les mentalités ont peu à peu changé au sein du monde islamique. En 1989, les djihadistes pensaient que c'étaient eux qui avaient détruit l'Union soviétique et qu'ils pourraient donc triompher n'importe où. Le génie libéré par l'«excellente idée» du Dr Brzezinski, plus personne ne pourrait le contrôler, mais bien peu d'Occidentaux ont vu l'essence du problème avant qu'il leur échappât. Mais à en juger par la réaction actuelle d'une grande partie des Occidentaux aux événements liés à la Tchétchénie, on serait excusable de conclure que la Guerre froide a encore cours et que le contrecoup de l'Afghanistan n'a pas encore été perçu. (Par ailleurs, il est à noter que tous les membres de l'ACPC ont soutenu le parti musulman en Bosnie et au Kosovo et milité pour les interventions américaines dans les Balkans. Dans les années 1990, les mêmes affirmaient aussi que Izetbegovic n'avait rien d'un islamiste, que tout était de la faute des Serbes, qu'il n'y avait pas de djihadistes étrangers en Bosnie ni au Kosovo, etc. Ces gens-là ont fait des Balkans un territoire réservé pour le djihad.)

     

    La destruction post-communiste des sociétés de l'Est


    Mais n'oublions pas ici l'esprit de rapine. Les «fruits» palpables du pillage de Constantinople furent immenses, les méthodes, barbares et les conséquences, désastreuses. Le sac de l'Europe orientale post-communiste aura été différent dans ses manifestations, mais non dans sa nature. La «liquidation de faillite offerte aux étrangers», comme un observateur perspicace l'a appelée à l'époque, est rapidement devenue un marché du recel en plein jour, dans la mesure où tous ces biens et ce capital —  y compris le travail — avaient appartenu à des gens du cru avant d'être volés par les communistes.

     

    La recette de la «thérapie de choc» postcommuniste prescrite par Jeffrey Sachs et George Soros allait dévaster des sociétés pauvres, mais viables. Après une année d'application par les leaders «réformistes» de la Russie, Anatoli Tchoubaïs et Egor Gaïdar, sous l'autorité de Sachs, leur gourou de Harvard, ladite recette avait résulté en une hyperinflation qui a englouti toutes les économies des Russes, et avec elles une classe moyenne qui avait survécu et enduré des décennies durant. Les retraités mouraient littéralement de faim. La «privatisation» parallèle des immenses ressources de la Russie — bois, pétrole, gaz, chimie, médias — a généré les oligarques pillards alliés à Soros et consorts. La désindustrialisation de fait de la Russie l'a réduite à un statut de dépendance néocoloniale: celui d'un pays fournisseur d'énergie et de matières premières, mais importateur de technologie et de biens manufacturés.

     

    Or, ce processus est encore loin d'être achevé en Ukraine. Ses ressources en charbon, acier, ses industries chimiques, son potentiel hydroélectrique et ses millions d'hectares de terreau fertile représentent une tentation bien plus grande encore que le bénéfice que la Russie peut retirer de leur contrôle.

     

    Ils ne peuvent pas s'en empêcher...


    C'est le refaçonnage de l'âme russe, toutefois, qui constitue l'étape ultime. C'est un pays dont les habitants sont en général socialement conservateurs et profondément chrétiens. Depuis une décennie, le christianisme y connaît une véritable résurrection après des années d'athéisme officiel. Or les oligarques et leurs mentors occidentaux sont des prédicateurs zélés d'une post-modernité hostile au christianisme. George Soros n'est que le protagoniste le plus en vue d'une déconstruction des nations et des Etats que l'Europe a connus depuis des siècles, et où la Russie constitue encore le morceau de choix.

     

    Abstraction faite de toutes les objections morales, en confinant la Russie, de l'extérieur, à une Moscovie cernée de partout, et y favorisant la subversion de l'intérieur, l'«Occident» agit irrationnellement et à son propre détriment. Pat Buchanan nous avertit judicieusement qu'il est impossible de maintenir notre «relation la plus critique sur Terre» avec une puissance nucléaire exposée à la fois au dépeuplement, à l'érosion de son empire, à des menaces d'éclatement et à la guerre terroriste: »Cette relation est infiniment plus importante pour nous que de savoir qui règne à Kiev. A nos yeux, mettre en peril cette relation en recourant à notre technique perfectionnée du «coup d'Etat post-moderne» —  comme nous l'avons fait en Serbie et en Géorgie et comme nous l'avons manqué en Biélorussie — afin de faire élire des vassaux américains dans la basse-cour de la Russie, fût-ce dans d'anciennes républiques soviétiques, c'est un acte empreint d'arrogance impériale et de sottise aveugle.»


    On a pourtant l'impression qu'ils ne peuvent pas s'en empêcher, comme si la notion des «blocs de civilisation» chère à Samuel Huntington déterminait toutes les attitudes de l'Occident à l'égard de l'Est orthodoxe. Michael Stenton appelait cela les «oeillères franques», Huntington parlait d'«Occident», mais s'il avait écrit «les Francs» à la place, le terme eût revêtu plus de profondeur historique. Lorsque les croisés occidentaux firent irruption dans le monde byzantin, ils étaient pourvus, tout comme leurs descendants contemporains, d'une superbe technologie militaire, d'une confiance en soi illimitée et d'un flair très exercé pour le profit et la rapine. Ils brandissaient leurs épées en invoquant le nom de Dieu, mais ils se comportaient comme si les chrétiens orthodoxes incarnaient quelque chose d'erroné et d'inférieur. Lorsqu'ils assassinèrent les Juifs de Rhénanie en 1096, lorsqu'ils massacrèrent les musulmans à Jérusalem en 1099, c'était encore une chose tout à fait neuve; lorsqu'ils saccagèrent Constantinople en 1204, il s'agissait déjà d'une tendance. Au moment où les rois de l'Occident latin assistaient sans broncher à la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, cette attitude était gravée dans les consciences.

     

    De tous ces crimes, seuls les deux premiers semblent aujourd'hui mériter des excuses, le reste ne faisant l'objet que de quelques regrets marmonnés. On en est arrivé à considérer l'identité des chrétiens d'Europe orientale au mieux comme quelque chose d'insignifiant, au pire comme un obstacle. Ces peuples ont tellement souffert — sous les Ottomans et sous les communistes — que leur simple survie, sans même parler de régénération, n'est plus imaginée aujourd'hui que selon le modèle occidental, comme une imitation servile, ou une immersion dans l'Occident. En 1204, les Anglais, Français, Allemands, Italiens... étaient tous des «Frankoi» réclamant allégeance. De la même manière, dans la reprise qui se joue aujourd'hui, toutes les distinctions entre la gauche sorosienne et la droite impérialiste, entre les Etats-Unis et l'Union européenne, entre la «vieille» et la «nouvelle» Europe, s'effacent presqu'entièrement.

     

    C'est la seule croisade que les musulmans peuvent soutenir en jubilant. C'est pire qu'un crime: c'est une faute.

     

     

     

    La guerre menée par l'OTAN contre la Serbie

    Témoignage oral de Serge Trifkovic

    COMITÉ PERMANENT DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ET DU COMMERCE INTERNATIONAL

    Parlement du Canada, Ottawa, le jeudi 17 février 2000

     

    L

    a guerre menée par l'OTAN contre la Serbie en 1999 est un point tournant important non seulement pour l'Amérique et l'OTAN, mais aussi pour l'Ouest dans son ensemble. Le principe de la souveraineté des États et la primauté du droit elle-même ont été renversés au nom d'une idéologie prétendument humanitaire. Des faits ont été transformés en fiction, et les fictions invoquées pour justifier la guerre n'ont même plus un semblant de crédibilité. On utilise des systèmes établis il y a longtemps pour protéger les libertés nationales, politiques, juridiques et économiques pour les détruire.

    Mais jusqu'ici, loin de démontrer la vigueur des élites occidentales dominantes dans leur poursuite aveugle de l'idéologie basée sur la démocratie multiethnique et la protection des droits de la personne partout dans le monde, on peut considérer que l'écheveau de la situation dans les Balkans révèle de façon troublante la décadence morale et culturelle desdites élites dominantes.

    Je vais donc traiter surtout des conséquences que la guerre aura pour le nouveau système international et, éventuellement, pour la sécurité et la stabilité du monde occidental même.

    Près d'une décennie s'est écoulée entre l'opération Tempête du désert et le «bombardement humanitaire». En 1991, le Traité de Maastricht a été signé, et le reste de la décennie a été témoin de l'usurpation graduelle de la souveraineté européenne traditionnelle par le régime de Bruxelles, dominé par le capital et composé de bureaucrates non élus qui ont maintenant l'audace de dire à l'Autriche comment mener ses affaires. De ce côté-ci de l'Atlantique, nous avons vu la signature de l'ALENA, et, en 1995, l'Uruguay Round du GATT a abouti à la création de l'OMC. Les années 90 ont donc été une période au cours de laquelle les bases du nouvel ordre mondial ont graduellement été jetées.

    Une fois ridiculisé le principe de la souveraineté nationale, la population en est même venue à applaudir au démantèlement des institutions qui lui offraient justement son seul espoir de pouvoir représentatif. Le processus est suffisamment engagé pour que le président Clinton se soit permis d'affirmer («A Just and Necessary War», New York Times, 23 mai 1999) que sans le bombardement de la Serbie, «c'est l'OTAN qui aurait été discréditée pour ne pas avoir défendu les valeurs mêmes qui sont sa raison d'être».

    En fait, cette guerre était aussi injuste qu'inutile. Mais si les propos de M. Clinton sont importants, c'est parce qu'il a ouvertement déclaré nul et sans effet le système international en vigueur depuis la Paix de Westphalie en 1648. S'il était imparfait et avait fréquemment été violé, ce système n'en constituait pas moins la base d'un credo mondial dont seuls certains totalitaires rouges et noirs se sont ouvertement écartés.

    Depuis le 24 mars 1999, ce système est remplacé par la nouvelle doctrine Clinton, qui est une copie conforme de la doctrine Brejnev de la souveraineté limitée, laquelle a servi à justifier, en 1968, l'occupation de la Tchécoslovaquie par des forces dirigées par l'URSS. Comme son prédécesseur soviétique, M. Clinton invoque une notion abstraite et idéologiquement chargée—celle des droits de la personne universels—comme prétexte pour violer la loi et déroger à la tradition. La doctrine Clinton est ancrée dans l'orgueil insondable que conçoit l'élite bipartisane de la politique étrangère de Washington dans l'ivresse qu'elle ressent du fait que les États-Unis soient la dernière et la seule superpuissance dans le monde. Les formalités juridiques sont dépassées, et les impératifs moraux—qui ne sont jamais sacro-saints dans les affaires internationales—cèdent la place à l'exercice cynique d'une moralité circonstancielle qui varie selon la position qu'occupe chaque intervenant dans l'échelle des valeurs de la superpuissance.

    Ainsi, la grandeur d'âme impériale fait sa rentrée, mais sous un visage nouveau. La religion, le patriotisme et les rivalités nationalistes ne jouent plus. Mais la soif d'aventure et d'importance qui a mené les Britanniques à Pékin, Kaboul et Khartoum, les Français à Fashoda et Saigon, et les Américains à Manille, se manifeste de nouveau. Il en résulte qu'on a fait la guerre à une nation indépendante parce qu'elle avait refusé que des troupes étrangères foulent son sol. Les autres justifications invoquées sont toutes des rationalisations ultérieures. Les puissances qui ont livré cette guerre ont encouragé et soutenu la sécession d'une minorité ethnique qui, lorsqu'elle sera officielle, rendra nombre de frontières européennes provisoires. Dans le contexte de n'importe quelle autre nation européenne, cette histoire semblerait relever du surréalisme. Or, les Serbes ont maintenant été avilis et diabolisés au point de ne plus pouvoir compter désormais être traités comme tout le monde.

    Mais le fait que l'Ouest ait pu faire aux Serbes tout ce qu'ils voulaient n'explique pas pourquoi il fallait qu'ils le fassent. Il ne vaudrait guère la peine de réfuter une fois de plus les faibles excuses avancées pour motiver l'intervention. L'argument humanitaire a été invoqué. Mais que dire des guerres livrées au Cachemire, au Soudan, en Ouganda, en Angola, en Sierra Leone, au Sri Lanka, en Algérie?

    Bien filmées et «Amanpourisées», chacune d'elles vaudrait bien une dizaine de Kosovo. Elles ne s'accompagnaient pas de «génocide», bien sûr. Comparée aux champs de bataille du tiers monde, la guerre du Kosovo a été un conflit banal et de faible intensité, plus sale peut-être que celui qui faisait rage en Irlande du Nord il y a 10 ans, mais beaucoup plus propre que celui du Kurdistan. Avec en tout 2 000 morts, tous camps confondus, jusqu'en juin 1999, et ce, dans une province comptant plus de deux millions d'habitants, il est moins sanglant que les 450 homicides recensés chaque année à Washington pour une population de 600 000 habitants. Compter les cadavres, cela ne se fait pas, mais quand on pense aux atrocités et aux opérations de nettoyage ethnique sur lesquelles l'OTAN fermait les yeux—quand elle ne les tolérait pas, comme elle l'a fait notamment en Croatie en 1995 ou dans l'est de la Turquie—, il est clair que les principes universels n'ont rien eu à voir avec la guerre du Kosovo. À Washington, Abdullah Ocalan est un terroriste, mais les membres de l'UCK, eux, combattent pour la liberté.

    De quoi s'agissait-il donc, alors? De «stabilité régionale», nous a-t-on dit; si on n'avait pas mis fin au conflit, il se serait étendu à la Macédoine, à la Grèce, à la Turquie, en fait à l'ensemble des Balkans, et enfin à une grande partie de l'Europe. Mais le remède choisi—bombarder la Serbie pour la forcer à laisser le Kosovo albanais, purifié sur le plan ethnique, se séparer et tomber sous l'emprise de la narco-mafia de l'UCK, sous l'oeil conciliant de l'OTAN—déclenchera une réaction en chaîne qui embrasera l'ensemble de la moitié jadis communiste de l'Europe. La première victime sera l'ex-république yougoslave de Macédoine, où la rétive minorité albanaise constitue le tiers de la population totale. Et les Hongrois de Roumanie (plus nombreux que les Albanais au Kosovo) et du sud de la Slovaquie n'exigeront-ils pas qu'on suive le modèle de Pristina? Qu'est-ce qui empêchera les Russes de l'Ukraine, de la Moldavie, de l'Estonie et du nord du Kazakhstan de leur emboîter le pas? Ou les Serbes et les Croates de la chroniquement instable et condamnée Bosnie de Dayton? Et enfin, lorsque les Albanais auront fait sécession par la seule force de leur nombre, le modèle sera-t-il valable le jour où les latinos du sud de la Californie ou du Texas seront plus nombreux que leurs voisins anglo-saxons et se mettront à réclamer la création d'un État bilingue, ce qui conduira à la réunification de cette partie des États-Unis avec le Mexique? La Russie et la Chine devront-elles menacer de bombarder les États-Unis si Washington ne se rend pas aux voeux des latinos?

    Pour l'instant, l'OTAN a gagné, mais l'Ouest a perdu. La guerre a miné le principe sur lequel l'Ouest est fondé, à savoir la primauté du droit. La notion de droits de la personne ne pourra jamais servir de base à la primauté du droits pas plus qu'à la moralité. Privés de racines dans le temps et dans l'espace, les droits de la personne universels seront à la merci de chaque nouvelle façon qu'on inventera de les violer ou de chaque nouvelle forme que prendra le statut de victime. La tentative mal inspirée visant à transformer l'alliance défensive qu'est l'OTAN en une mini-ONU assumant hors zone des responsabilités qu'elle s'est elle- même confiées conduit tout droit à d'autres Bosnie et à d'autres Kosovo. Maintenant que les «clintoniens» et l'OTAN ont réussi au Kosovo, on peut s'attendre à ce qu'ils aillent chercher des aventures inédites et encore plus dangereuses ailleurs. Mais la prochaine fois les Russes, les Chinois, les Indiens et les autres ne seront pas dupes au point de croire aux slogans du marché libre et des droits de la personne démocratiques, et l'avenir de l'Ouest dans cet éventuel et inévitable conflit pourrait être incertain.

    Le Canada devrait réfléchir aux implications de cette façon de faire et trouver le courage de dire non à l'interventionnisme mondial—dans son propre intérêt comme dans celui de la paix et de la stabilité dans le monde. Est-il vraiment obligé de rester là sagement à regarder faire en silence alors qu'on prépare une expérience militaire longue et dangereuse qui nous conduira à une vraie guerre pour le contrôle de l'Asie centrale? Devra-t-il bientôt aller sauver d'autres UCK menacés de génocide le long de la frontière islamique de la Russie par des groupes ethniques encore inconnus de la presse occidentale, mais qui pourraient fournir des excuses pour intervenir, excuses qui seraient aussi bonnes, ou plutôt aussi mauvaises, que celles des Albanais du Kosovo?

    Le Canada a-t-il connu une histoire impériale si heureuse qu'il doive maintenant chercher un autre centre de commandement impérial à Washington pour compenser son indépendance de Londres? Le Canada est-il à l'aise aujourd'hui avec la vérité qui se fait jour graduellement, à savoir qu'il est moins libre de choisir entre la guerre et la paix qu'il ne l'était à titre d'État libre du Commonwealth aux termes de l'ancien Statut de Westminster? Car on ne saurait douter que rien qui puisse être appelé l'alliance ne voulait la guerre que l'OTAN livrait en avril et en mai derniers, alors que le recours à la force était orchestré au coeur de Washington en 1998.

    Il convient de se demander dans quelle mesure ce retour au statut impérial mineur par le Canada et les autres pays de l'OTAN n'engendre pas un processus politique dirigé par les médias qui vide de l'expression «processus décisionnel national» de tout son sens et fait de ces pays de simples meneurs de claque officiels. Il vaut aussi la peine de se demander comment il se fait que pendant cette guerre le but premier de l'OTAN était de garder l'alliance unie, quelle discipline cela impliquait et avec quelle facilité et quels sanguinolents résultats l'OTAN pourrait recommencer.

    On ne peut plus soutenir l'absolutisme moral que les partisans de l'intervention armée ont invoqué en lieu et place de l'argumentation rationnelle. Les dilemmes bien réels créés par la responsabilité que les humains ont les uns envers les autres ne doivent pas être invoqués pour rallumer l'impérialisme viral de l'Ouest réétendu. Plus la nouvelle doctrine sera arrogante, et plus on acceptera de faire passer des mensonges pour la vérité. Pouvoir faire «quelque chose» soutient l'estime de soi, à condition de ne pas croire que nous sommes moins acteurs moraux que consommateurs de choix faits d'avance.

    À l'aube du millénaire, nous vivons dans un colisée virtuel où des fauteurs de troubles exotiques et dangereux ne sont pas jetés aux lions, mais massacrés par les machines volantes magiques de l'Empire. Alors que les candidats au châtiment—ou au martyre—sont poussés dans l'arène, beaucoup de gens dans l'Ouest réagissent au spectacle comme autant de consommateurs impériaux et non comme des citoyens ayant le droit parlementaire et le devoir démocratique de remettre le spectacle en cause.

    * * *

    L'INDE, UNE AUTRE VICTIME DE L'ISLAM


    Avant les invasions musulmanes, l'Inde jouissait d'une des civilisations les plus élaborées dans le monde. L'Hindustan du 10ème siècle égalait ses contemporains de l'Est et de l'Ouest dans les domaines de la philosophie, des mathématiques et des sciences naturelles. Les mathématiciens indiens avaient découvert le zéro, sans oublier l'algèbre et d'autres théories, qui furent transmises plus tard au monde musulman auquel on en attribua faussement le mérite. L'Inde médiévale, avant l'invasion musulmane, était une culture richement imaginative, une des cinq ou six civilisations les plus avancées de tous les temps. Ses sculptures étaient vigoureuses et sensuelles, son architecture richement ornée et envoûtante. Et tout ceci était une réalisation purement autochtone et non, comme c'est le cas de nombre des plus fameux hauts-lieux de la culture musulmane, des reliquats de civilisations pré-islamistes dont les musulmans s'étaient rendus maîtres.

    Les envahisseurs musulmans commencèrent leurs incursions au début du 8ème siècle, sous le règne de Hajjaj, le gouverneur de l'actuel Irak. [...] En 712, sous le commandement de Mohammed Kasim, les auteurs des raids démolirent les temples, brisèrent les sculptures, pillèrent les palais, tuèrent un nombre incalculable d'hommes – le massacre des habitants de Debal se prolongea pendant trois jours – et emmenèrent les femmes et les enfants en esclavage, certains réservés aux pratiques sexuelles. Après la vague de violence initiale, Kasim tenta toutefois de rétablir la loi et l'ordre sur ces terres nouvellement conquises, et à cette fin, il autorisa même un certain degré de tolérance religieuse.

    Mais quand Hajjaj, son maître, entendit parler de ces usages pleins d'humanité, il objecta : « Il apparaît dans votre lettre que l'ensemble des règles que vous avez promulguées pour le confort et le bien-être de vos hommes est en parfait accord avec la loi religieuse. Mais la manière d'accorder le pardon prescrite par la loi est différente de celle que vous avez adoptée, puisque vous accordez votre pardon à chacun, riche ou pauvre, sans faire aucune distinction entre ami et ennemi. Le Grand Dieu dit dans le Coran [47.4] : “O Vrais Croyants, quand vous rencontrez des incroyants, coupez-leur la tête.” Ce commandement du Grand Dieu est un commandement supérieur et doit être respecté et suivi. Vous ne devez pas être trop indulgent et montrer de la pitié, ceci pourrait anéantir la portée de l'acte. Désormais, n'accordez de pardon à aucun ennemi et n'en épargnez aucun, car si vous le faites, tous vous considéreront comme un homme à l'âme faible. 

    Dans une communication ultérieure, Hajjaj répéta que tout homme valide devait être tué, et que les fils et filles en bas âge devaient être emprisonnés et retenus en otages. Kasim obéit, et en arrivant à la ville de Brahminabad, il massacra entre 6 000 et 16 000 hommes. La portée de ces événements ne se limite pas seulement à l'horreur qu'inspire le nombre de personnes massacrées, mais étend sa signification au fait que les auteurs de ces massacres n'étaient pas les soudards d'une armée désobéissant aux enseignements éthiques de leur religion, comme l'étaient les croisés européens en Terre Sainte, mais bien qu'ils faisaient exactement ce que leur religion enseignait. (On peut noter que le Christianisme a évolué et ne prêche plus les croisades, ce qui n'est pas le cas de l'Islam. Il est abondamment prouvé que la jihad a été prêchée depuis les centres officiels de l'Islam et non pas seulement par des groupes marginaux d'extrémistes fanatiques.) Les exploits de Kasim le précurseur se poursuivirent au début du 11ème siècle, quand Mahmoud de Ghazni « traversa l'Inde comme une tornade, détruisant, pillant et massacrant », appliquant avec zèle l'injonction coranique qui demande la mort des idolâtres qu'il avait juré de châtier chaque jour de sa vie.

    Au cours des dix-sept vagues successives de cette invasion, du propre aveu de l'érudit Alberuni que Mahmoud avait emmené en Inde, Mahmoud ruina complètement la prospérité du pays, et accomplit de merveilleux exploits, dignes de figurer dans la mémoire du peuple, telle une ancienne légende, réduisant les hindous en atomes de poussière éparpillés dans toutes les directions. Les restes dispersés [de cette population] nourrirent de ce fait, une aversion invétérée à l'encontre des musulmans.  

    Doit-on s'en étonner ? À ce jour, les citoyens de Bombay, New Delhi, Calcutta et Bangalore vivent dans la crainte du Pakistan, pays politiquement instable et détenteur de l'arme nucléaire, qui contrairement à l'Inde (mais comme tout pays musulman), n'a pas réussi à maintenir la démocratie depuis l'indépendance. Mathura, la ville sainte du dieu Krishna, fut la victime suivante: «Au milieu de la ville se trouvait un temple plus grand et plus finement ouvragé que tout le reste, impossible à décrire par un texte ou une peinture.» Le sultan Mahmoud pensait qu'il avait fallu plus de 200 ans pour le construire. Les idoles, parmi lesquelles «cinq statues d'or rouge de cinq mètres de haut» avaient les yeux sertis de pierres précieuses inestimables. Le sultan donna l'ordre de brûler tous les temples par le naphte et le feu, et de les raser jusqu'au niveau du sol. Conséquences de cette invasion, dans les antiques cités de Vanarasi (Bénarès), Mathura, Ujjain, Maheswar, Jwalamukhi et Dwaraka, pas un seul temple intact ou complet ne subsistait. C'est comme une armée qui marcherait sur Paris, Rome, Florence et Oxford et qui annihilerait tous ces trésors architecturaux. Il s'agit d'un acte qui dépasse le nihilisme ; un négativisme absolu, une haine de la culture et de la civilisation.  Dans son livre Histoire de la Civilisation, le célèbre historien Will Durant s'affligeait des conséquences de ce qu'il nommait «probablement l'épisode le plus sanglant de l'Histoire». Il considérait cette invasion comme «une histoire décourageante, puisque l'évidente morale qui s'en dégage nous assène que la civilisation est un bien précieux, dont la liberté et l'ordonnancement délicat et complexe peuvent à tout moment être balayés par des barbares déferlant de l'extérieur et se multipliant de l'intérieur».

    Les envahisseurs musulmans «détruisirent et brûlèrent tout ce qu'ils rencontrèrent de beau dans l'Hindustan», affichant le ressentiment de guerriers sous-développés, intimidés par la confrontation avec «une culture plus raffinée», comme le souligne un commentateur indien. « Les sultans musulmans construisirent des mosquées sur l'emplacement des temples détruits, et de nombreux hindous furent vendus comme esclaves. Ils étaient des kafirs, des païens par excellence. À la différence des chrétiens et des juifs, ils n'étaient pas des peuples "du Livre", et ils furent les victimes toutes désignées – les pacifiques bouddhistes également mais dans une moindre mesure – de l'injonction de Mahomet contre les païens : "Tuez ceux qui rejoignent d'autres dieux que Dieu, où que vous puissiez les découvrir." (Non pas que le fait d'être "du Livre" ait beaucoup aidé les juifs et les chrétiens contre d'autres agressions musulmanes, mais ceci est une autre histoire.)

    Depuis cette époque, les abords montagneux du Nord-Ouest de l'Inde se nomment Hindu Kush, «le massacre des hindous» en souvenir du temps où les esclaves hindous du sous-continent mouraient dans les rudes montagnes d'Afghanistan sur le chemin de la déportation vers les cours musulmanes d'Asie centrale. La boucherie de Somnath, sur le site d'un temple hindou célèbre, où 50 000 hindous furent tués sur l'ordre de Mahmoud, a donné le ton pour des siècles.

    Les paisibles bouddhistes furent les victimes suivantes à être désignées pour les massacres de masse en 1193, quand Mohammed Khilji incendia également leur célèbre bibliothèque. À la fin du 12ème siècle, après la conquête musulmane de leur bastion du Bihar, ils perdirent toute présence significative en Inde. Les survivants se retirèrent au Népal ou au Tibet ou s'échappèrent vers le Sud du sous-continent. Les restes de leur culture s'éparpillèrent dans des contrées aussi lointaines que le Turkestan. À la merci des conquérants musulmans et de leurs héritiers, ces témoignages furent systématiquement anéantis, comme le furent, de nos jours encore, les quatre statues géantes des Bouddhas d'Afghanistan en mars 2001.
     Le fait qu'une disposition à la culture et une sensibilité développée puissent aller de pair avec la bigoterie et la cruauté trouva son illustration avec Firuz Shah, qui gouverna le Nord de l'Inde à partir de 1351. Ce chef musulman tyrannique, bien qu'éduqué, surprit un jour une célébration hindoue dans un village, et ordonna que toutes les personnes présentes soient exécutées. Il raconta fièrement qu'après avoir perpétré le massacre, il détruisit les temples et fit ériger des mosquées à leur place.

    L'empereur Moghol Akbar a laissé le souvenir d'un monarque tolérant, du moins selon les standards musulmans en Inde : au cours de son long règne (1542-1605), on ne peut porter à son actif qu'un seul massacre, quand, le 24 février 1568, il ordonna la mise à mort de près de 30 000 prisonniers rajpoutes après la bataille de Chitod. Mais si Akbar accepta les autres religions et toléra la célébration publique de leurs cultes, s'il abolit l'impôt sur les non-musulmans, son intérêt pour les croyances différentes ne reflétait pas un quelconque esprit de tolérance musulman. Bien au contraire, cette attitude indiquait une propension à la libre-pensée dans le domaine religieux qui l'amena finalement à une apostasie complète. Ses plus hautes actions consistèrent en une déclaration formelle de son infaillibilité en matière religieuse, sa promulgation d'un nouveau credo et son adoption des fêtes et pratiques hindoues et zoroastriennes. C'est un modèle dans l'histoire musulmane que l'on ressasse encore et toujours, y compris à l'heure actuelle : pour peu que l'on découvre un musulman raisonnable, éclairé et tolérant, un examen plus minutieux laisse apparaître qu'il s'agit de quelqu'un qui a commencé par être musulman, et qui progressivement s'est éloigné de l'orthodoxie de cette foi. En d'autres termes: les meilleurs musulmans sont souvent les moins musulmans (un théorème qui ne semble pas s'appliquer aux autres religions.)

    Les choses reprirent un cours normal avec Shah Jahan (1593-1666), un petit-fils d'Akbar le Grand et le cinquième empereur Moghol. La plupart des occidentaux se souviennent de lui comme le commanditaire du Taj Mahal, mais n'ont aucune idée de la cruauté de ce roi qui engagea quarante-huit campagnes militaires contre les non-musulmans en moins de trente ans. Sur le modèle de ses coreligionnaires ottomans, à l'occasion de son couronnement, il tua tous les membres mâles de sa famille sauf un qui réussit à s'enfuir en Perse. Shah Jahan avait 5 000 concubines dans son harem, ce qui ne l'empêchait pas d'entretenir des rapports incestueux avec deux de ses filles, Chamani et Jahanara. Au cours de son règne, rien qu'à Bénarès, 76 temples hindous furent détruits, ainsi que des églises chrétiennes à Agra et Lahore. À la fin du siège de Hugh (une enclave portugaise près de Calcutta) qui dura trois mois, dix mille habitants furent «déchiquetés par la poudre, étouffés par noyade ou brûlés.» Quatre mille captifs furent emmenés à Agra où on leur offrit de choisir entre l'Islam ou la mort. La plupart refusèrent de se convertir et furent tués, à l'exception des jeunes femmes qui rejoignirent des harems. Ces massacres perpétrés par les musulmans en Inde n'ont pas de parallèle dans l'histoire. En valeur absolue, ils sont plus importants que l'holocauste des juifs, la Terreur soviétique, les massacres japonais sur les Chinois pendant la seconde guerre mondiale, les dévastations de Mao contre la paysannerie chinoise, le génocide des Arméniens par les Turcs, ou que tout autre de ces fameux crimes contre l'humanité du 20ème siècle. Hélas, ils restent pratiquement ignorés à l'extérieur de l'Inde.

    Plusieurs raisons expliquent ce fait. À l'époque où ils dirigeaient l'Inde, les Britanniques, fidèles à leur politique du «diviser pour régner», blanchirent les archives musulmanes pour que les membres de cette communauté puissent contrebalancer politiquement le poids de leurs administrés hindous plus nombreux. Dans la période de la lutte pour l'indépendance, Gandhi et Nehru minimisèrent l'étendue historique des atrocités afin de présenter la façade d'une unité hindou-musulmane contre les Britanniques. (Bien entendu, cette façade s'évanouit immédiatement après l'indépendance, et plusieurs millions de personnes furent tuées dans les violences religieuses qui accompagnèrent la partition de l'Inde britannique et la création du Pakistan.) Après l'indépendance, les écrivains indiens marxistes, aveuglés par leur idéologie, supprimèrent la vérité des registres musulmans, parce qu'elle ne correspondait pas à la théorie marxiste de l'histoire. Aujourd'hui, l'équivalent indien de la mode du «politiquement correct» passe sous silence les crimes des musulmans qui sont devenus une «minorité opprimée» dans une Inde majoritairement hindoue. Enfin, les intellectuels de gauche du pays ne cessent de blâmer l'Inde et haïssent leur propre civilisation hindoue, de la même manière que leurs congénères de Berkeley condamnent sans relâche les États-Unis et l'Occident. 

    À la différence de l'Allemagne qui a présenté des excuses à ses victimes juives et de l'Europe de l'Est, contrairement au Japon qui a au moins su se tenir depuis la seconde guerre mondiale, et même comparé aux États-Unis qui sont allés jusqu'au paroxysme de la culpabilisation pour les actes commis à l'encontre d'un nombre bien plus réduit d'Amérindiens, les agresseurs musulmans de l'Inde et leurs successeurs n'ont même jamais cessé leurs tentatives pour finir le travail qu'ils avaient commencé. À ce jour, les militants islamistes considèrent encore l'Inde comme « une affaire non réglée », et le problème est inscrit tout en haut de l'agenda de certains pays musulmans enrichis par leur pétrole, comme l'Arabie Saoudite, qui dépensent des millions chaque année pour tenter de convertir les hindous à l'Islam. Une petite satisfaction nous est laissée: ils trouvent que cela avance plutôt lentement.

    Faiblesse du réquisitoire, habileté de l'accusé, embarras des médias

    La justice des vainqueurs perd toute crédibilité

    Ce procès est une parodie de justice qui dépasse les fautes politiques ou personnelles d'un seul homme. L'écrivain et commentateur anglais John Laughland ("Ceci n'est pas la justice", The Guardian, 16 février 2002) note que les inquisiteurs de La Haye essaient de faire du tribunal pour la Yougoslavie l'héritier de Nuremberg, dans l'espoir qu'une "référence incidente à Hitler" ferait oublier que "le tribunal de La Haye a été créé en 1993 par le Conseil de sécurité de l'ONU, un organisme qui a autant le droit de créer un tribunal que de lever des impôts."

    La rigoureuse logique souverainiste de Nuremberg avait été clairement définie dans sa charte. En fait, le tribunal de Nuremberg, contrairement au tribunal de La Haye, n'était pas du tout un tribunal international. Les juges ont très précisément déclaré que l'acte de rendre publique la charte de Nuremberg était "l'exercice du pouvoir législatif souverain des pays auxquels le Reich allemand s'était rendu sans conditions". Personne ne prétendait que la "communauté internationale" poursuivait les Allemands. En fait, lorsque d'autres pays ont demandé à participer au procès de Nuremberg, les alliés leur ont dit de s'occuper de leurs affaires.

    Les juges de Nuremberg, continue Laughland, avaient aussi une très forte raison philosophique d'insister sur la souveraineté nationale comme principal fondement juridique de la paix : le fait que les nazis eux-mêmes l'avaient contestée. Comme les mondialistes d'aujourd'hui, les nazis disaient que la situation avait changé et que désormais les grandes puissances avaient le droit d'intervenir dans les affaires des petites nations de leur sphère d'influence. Cet état d'esprit a été fidèlement reflété le 13 juin 2000, quand Caria del Ponte, la procureur en chef de La Haye, a refusé d'ouvrir une enquête sur les crimes de guerre de l'OTAN en Yougoslavie, au motif que "les crimes contre la paix n'entraient pas dans la juridiction du tribunal.

    "L'OTAN est passée d'une organisation destinée à défendre la souveraineté nationale et l'intégrité territoriale de ses membres à une force de police mondiale avec, en fait, un mandat illimité. En refusant de poursuivre l'OTAN, La Haye a tacitement donné son approbation légale à cette transformation. Le monde, qui était un système fondé sur la multiplicité des souverainetés en est devenu un où certains Etats sont plus égaux que d'autres. Et la jurisprudence de paix de Nuremberg a été abandonnée en faveur de la décision de La Haye d'accorder - du moins aux puissants Etats d'Occident - la licence de tuer.

    "Avant que le comédie ne s'achève", a écrit Dan Feder dans le Jewish World Review ("L'Occident hanté par les bavures dans les Balkans", 3 décembre 2001 ), "Milosevic sera sans doute reconnu coupable d'avoir organisé les déportations pour Auschwitz". Le ton a été donné par Del Ponte, qui a parlé de la "sauvagerie médiévale" des crimes prétendus. Cependant, comme l'a noté Peter Simple dans le Daily Telegraph du 15 février 2001: Pour ceux qui travaillent pour cette mystérieuse entité qu'on appelle la "communauté internationale" et se rassemblent à la barre de l'opinion publique mondiale, le mot "médiéval" est péjoratif. Mais la sauvagerie médiévale, perpétrée par des peuples saisis par la frénésie de la guerre civile, est-elle pire que la sauvagerie moderne, où des peuples sont les cibles de calculs mathématiques et sont volatilisés par des bombes lâchées à 15.000 m d'altitude par les pilotes anonymes.

    Milosevic a refusé de reconnaître la "cour" de Caria del Ponte, et sa décision de se défendre lui-même s'est révélée un coup de génie. Mais au fur et à mesure qu'il a construit une défense crédible, en démolissant une série de faux témoins, la couverture médiatique du procès s'est amenuisée. Stella Jatras ("L'affaire du procès invisible", 7 mars 2002) s'est étonnée de voir que ce procès, proclamé "le plus important... depuis Nuremberg", n'était retransmis sur aucune des 100 chaînes de TV figurant sur son guide des stations.

    Bizarre, étant donné qu'au cours des dix dernières années, les médias et les principales chaînes de TV ne pouvaient se rassasier de décrire les plus sordides détails de mutilations, de meurtres, de tortures, dans le cadre des accusations de génocide portées contre Milosevic au simulacre de procès stalinien de La Haye.Pourquoi les médias n'en font-ils plus mention ? Serait-ce à cause de l'inepte réquisitoire ? Serait-ce parce que "l'horrible criminel" Milosevic, en utilisant un simple téléphone public et en assurant sa propre défense à partir d'une cellule de 3m sur 5, fait tourner en bourrique le tribunal international? Serait-ce parce que le public, le voyant condamné d'avance, serait choqué par la faiblesse de l'accusation ? (...) Milosevic est accusé de génocide, dit Charley Reese ("Milosevic devant un tribunal bidon", 20 février 2002), mais on peut se poser des questions. Quel groupe humain vivant en Yougoslavie n'existe plus? Aucun.

    Tous ceux qui y étaient y sont encore, compte tenu de quelques milliers de victimes de guerre, ou se sont installés ailleurs.Il est aussi accusé de crimes contre l'humanité. J'aimerais savoir, en tant que membre de l'humanité, à quel être humain Milosevic a fait du mal en dehors de la zone de guerre. Après tout, nous avons tué plus d'Irakiens que les Serbes n'ont fait de victimes dans les divers groupes qu'ils ont combattus. Génocide et crimes contre l'humanité sont des termes si vagues qu'il est impossible de les définir rationnellement. Ils sont l'excuse utilisée par les vainqueurs pour se venger des vaincus. Vous pouvez être certains qu'aucun leader d'une nation puissante avec une armée intacte ne sera jamais accusé de génocide ou de crimes contre l'humanité, quels qu'aient pu être ses méfaits.

    Le sénateur Ron Paul a noté, au cours d'une audition au Congrès consacrée aux tribunaux internationaux (2 mars 2002), que l'idée d'une "justice internationale" était mauvaise pour les USA et pour le reste du monde.Aujourd'hui, c'est Milosevic, mais demain, ce pourrait être n'importe lequel d'entre nous. Jusqu'ici, l'accusation a cité comme témoins des gens payés par le tribunal lui-même. D'autres témoins se sont révélés avoir été membres de l'UCK. Rappelez-vous, Milosevic a été extradé à cause du Kosovo et du Kosovo seulement, mais la faiblesse de l'accusation a obligé la cour à l'inculper pour d'autres motifs dans d'autres pays. Maintenant, depuis que Milosevic s'est montré capable de mener des contre-interrogatoires, l'accusation cherche à obtenir du juge qu'il limite ses possibilités de contre-interroger les témoins.

    Slobodan Milosevic est sans doute coupable de beaucoup de choses pour lesquelles il devrait être jugé par son peuple qui a beaucoup souffert. Mais il n'est coupable d'aucun "génocide" dans l'ex-Yougoslavie. Il n'est pas coupable d'une conspiration criminelle destinée à créer une "Grande Serbie". Il n'est pas responsable de "trois guerres" dans l'ex-Yougoslavie. Ces conflits ont résulté de forces hors de son contrôle. Il sera jugé coupable et, bien entendu, condamné. Peut-être mérite-t-il de végéter en prison. Mais Scheveningen n'est pas la bonne prison, et La Haye n'est pas la bonne cour.

    Chronicles, mai 2002.

    Trifkovic dit qu'un Kosovo indépendant mènerait à "un etat criminel jamais vu depuis le défunt régime Taliban en Afghanistan" et ceci à la frontière sud de l'Europe. Bien que la communauté internationale souhaite de manière compréhensible mettre un terme au problème du Kosovo quelque 7 ans après que l'ONU en aie pris le contrôle, une solution qui séparerait la province de la Serbie "tournerait en ridicule" une des préoccupations en matière de sécurité les plus importantes pour les Etats-Unis, a-t'il rajouté: "Il serait difficile de trouver un autre exemple d'endroit où des gouvernements professant que faire la guerre au terrorisme international est leur première priorité sont en même temps occupés à aider un mouvement Musulman terroriste avec de forts éléments jihadistes à détacher ce qui est universellement reconnu comme une partie d'un autre Etat souverain et reléguer les éléments Chrétiens subsistants à l'anéantissement."